Dédié à la réfoua Chéléma d’ Amram Yossef ben Myriam Rézel.
«En ce premier mois de la deuxième année, le premier jour du mois, le Mishkan fut dressé»
Rabbi Nathan enseigne: « L’homme qui fait du commerce ou travaille doit tendre sa main vers D-ieu. C'est-à-dire qu’il doit subjuguer ses pensées, ses paroles et ses actions de travaildevant D-ieu et croire d’une foi entière qu’il ne fait rien par lui-même. Si nous sommes obligés de travailler ou de commercer, c’est parce que telle est Sa volonté. Car il y a de profondes intentions et des choses très élevées qui se cachent derrière cela : il s’agit du tri des étincelles de sainteté qui a lieu par l’intermédiaire de nos activités. C’est la seule raison pour laquelle il nous faille un peu travailler ou commercer. Comme l’ont dit nos sages : il est bon que la Torah soit accompagnée par une activité.
Mais en vérité l’homme ne fait rien. Au contraire ses moyens de subsistance lui parviennent grâce à l’annulation des 39 travaux du Mishkan qui représente le concept de l’illumination de la volonté et de la sainteté du chabat qui s’étend pour bénir les six jours de la semaine et purifier les 39 travaux de la morsure du serpent. Ainsi quand on agit en étant accompagné par cette foi, notre travail prend l’aspect de la construction du Mishkan et on arrive à ressentir qu’il se fait par lui-même, ainsi qu’il est dit: le Mishkan fut dressé (à la forme passive, au lieu de dire : on dressa le Mishkan, à la forme active) » ( Likoutey Halakhot Chabat 3 ).
Donc on ne travaille pas pour l’argent mais pour trier les étincelles de sainteté. Une petite explication s’impose, n’est-ce pas?
Notre réalité est toujours composé de deux éléments : le spirituel/matériel ou l’âme et le corps, la première donnant toujours la vie au deuxième. Quand on dévoile l’âme, c'est-à-dire la présence de D-ieu contenue en chaque chose (en nous aussi), on éclaire la matière qui devient vectrice de spiritualité. Dans ce sens une mitsva est la combinaison d’un temps, d’un espace et d’une matière qui nous permet de ressentir D-ieu dans notre quotidien. En revanche la faute produit l’effet inverse. Au lieu de dévoiler la lumière et la sainteté, elle enferme d’autant la spiritualité et matérialise notre quotidien à un point où, si les fautes se renouvellent, l’homme peut tomber au niveau de l’esclave en Egypte, c'est-à-dire vivre sous pression constante.
Un des moyens essentiels pour réparer les fautes et sortir de l’exil est le massa ou matan bé émouna. Cette expression qui signifie commercer avec foi est décomposée par Rabbi Na’hman de la manière suivante : massa veut dire élever et matan remettre en place. Car lorsqu’on commerce avec foi, on élève et on remet en place les étincelles de sainteté qui avaient chuté à cause de nos fautes. La émouna est la clé de cette réparation et elle comporte deux aspects : premièrement dire la vérité et tenir sa parole, deuxièmement respecter les lois de la Torah liées à notre activité (Likoutey Moharan 280). C’est ce que Rabbi Nathan définit comme purifier les 39 travaux de la morsure du serpent.
Petit exemple. Si le client me demande en combien de temps il sera livré et que je réponde une semaine alors que je sais qu’il y a des chances qu’il soit livré en deux semaines, je n’ai pas travaillé avec foi. Ma réaction sous-entend que c’est mon argument d’une semaine qui me fait vendre (sinon il n’aurait pas acheté), comme si j’avais un peu aidé D-ieu à me faire signer le contrat ou plutôt comme si tout dépendait de moi.
Hélas quand on travaille sans émouna, non seulement on ne répare pas grand-chose mais en plus on risque d’emprisonner de nouvelles forces spirituelles dans la matière, perpétuant ainsi la situation d’exil et les travaux forcés. On comprend alors pourquoi, selon certains sages du Talmud, la première question qui est posée à l’être humain lorsqu’il quitte ce monde est : as-tu commercé avec foi?
As-tu réparé le monde?
Pour avoir la force de mener ses affaires avec foi, il faut donc être conscient du fait que nous ne faisons rien par nous-mêmes.Cette conscience se construit grâce au Chabat dont l’objectif est justement le zékher léma’assé béréchit/se souvenir que c’est D-ieu qui a créé le monde (et donc qu’Il le dirige). C’est la raison pour laquelle on ne travaille pas le chabat; pour s’en souvenir. Et lorsque le chabat est vécu de manière à se couper totalement des six jours de la semaine, même en pensée, on atteint l’illumination de la volonté, c'est-à-dire qu’on ressent un fort désir de le servir avec émouna. Alors les six jours de la semaine sont bénis par le chabat et la vie devient une vraie vie. Amen! |